La question raciale en France.


Combien de fois ai-je entendu “En France, c’est très différent des Etats-Unis, il n’y a pas cette notion de race » ?


Combien de fois la presse française a traité la question des violences policières contre les noirs comme des spécificités américaines ?


Combien de fois encense-t-on l’écrivain afro-américain James Baldwin et sa critique de la société américaine, sans jamais évoquer celle qu’il fait avec lucidité de la société française ?


La vidéo du passage à tabac de Michel Zecler par des policiers glace le sang.


La violence inouïe des policiers et les insultes racistes proférées alors qu’il appelle à l’aide, feront-elles en sorte que la France cesse de se draper dans un prétendu universalisme qui s’est toujours exprimé dans un langage narcissique ?


Quand comprendra-t-on qu’il ne suffit pas de « décoloniser » mais qu’il faut surtout « s’auto-décoloniser » ?


Quand comprendra-t-on qu’un pays qui refuse toute autocritique est voué à un déclin irrémédiable ?


Les Etats-Unis ont peut-être échappé au pire en empêchant Trump d’accéder à nouveau à la Maison blanche mais après quatre années, les dégâts sont déjà considérables. Trump et ses conseillers les plus proches comme Stephen Miller ont promu l’idée d’une Amérique « Great Again » qui n’allait plus s’encombrer de son passé génocidaire, raciste et esclavagiste. Une Amérique qui a tout fait pour diaboliser le mouvement Black Lives Matter. Une Amérique bien décidée à cesser de s’autoflageler, comme en écho aux propos de Jean Castex qui demandait indigné il y a quelques jours : “Nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation? "


Et bien oui. L’état français devrait. Constamment. Sans relâche. Sans cesse, se remettre en question. Questionner les origines du racisme et de la discrimination. Doit-on agir et réfléchir comme si la France n’avait pas joué un rôle éminent dans l’entreprise coloniale et esclavagiste ? A-t-on déjà oublié ce dont la Police a été capable en octobre 1961 ?


L’inquiétude est immense quand des universitaires se piquent de contrôler la pensée et dénoncent les « études-postcoloniales » venues d’Amérique du Nord qui osent critiquer la France et son passé. Crime de lèse République comme si celle-ci devenue de droit divin ne devait essuyer aucune critique et ne subir aucune remise en question.


Personne ne croit une seconde aux déclarations des autorités qui feignent de s’indigner devant les dépassements d’une police qui se sent pousser des ailes avec des lois qui la protègent, un préfet qui la gonfle à bloc et un gouvernement qui l’encourage et l’instrumentalise.


Le racisme a des origines lointaines en France. Ne pas l’admettre c’est perpétuer la haine. Le nier c’est encourager les violences. L’affirmer courageusement et tenter d’y remédier c’est ce qui fait la grandeur d’une nation.


Combien de temps encore entendrons-nous : “En France, c’est très différent des Etats-Unis, il n’y a pas cette notion de race » ? Faudra-il attendre que le pire advienne à nouveau ? Après Malik Oussekine, Zyad Benna et Bounna Traouré, faudra-t-il qu’une victime de violences policières crie : « je ne peux plus respirer » ?






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