Les avocat.e.s, ces héros

Toutes les grandes causes ont leurs ténors mais aussi, faut-il le préciser, leurs sopranos du barreau.

Dans In the Name of the Father de Jim Sheridan (1993), inspiré de faits réels, il y a l’excellente Emma Thompson qui campe Gareth Peirce, sollicitor, comme on dit en Grande Bretagne, qui se bat contre une erreur judiciaire et parvient à innocenter ceux qu’on appellera « the Guildford Four”, faussement accusés d’un attentat au nom de l’IRA. Le film, un petit chef d’œuvre, est sans concession pour la justice britannique et ses méthodes expéditives et arbitraires.

Le fringuant Denzel Washington, un tantinet « out of his league », dans Philadelphia (Jonathan Demme, 1993), au point qu’il faille tout lui expliquer comme s’il avait deux ans, va se surpasser et obtenir gain de cause pour son client, atteint du sida, et injustement licencié.

Le cinéma arabe, pour sa part, est entré, par la grande porte, dans la cours de ce qu’on appelle les « trial movies » avec L’Insulte (2018) de Zied Doueiri, et ce duo d’avocats incroyables qui s’affronte : père contre fille, sur fond de mémoires concurrentes, dans un Liban meurtri par la guerre civile et des années de conflits régionaux.

La cause de l’Algérie indépendante a eu ses défenseurs avec celle qui se désignait elle-même comme « avocate irrespectueuse [1]». La grande Gisèle Halimi, qui a défendu Djamila Boupacha et a été incarnée par Marina Hands dans le téléfilm Pour Djamila de Caroline Huppert (2011). Bent Hal9 El Oued, avocate de tous les combats justes : féministes, anticoloniaux et sociaux. Gisèle Halimi qui nous a quitté il y a peu, laissant un vide immense.

Il y a aussi le fascinant et controversé Jacques Vergès, et sa célèbre stratégie de défense dite « de rupture » qui refusait de reconnaître la justice coloniale et d’entrer ne serait-ce qu’en dialogue avec elle, notamment lors du procès de Djamila Bouhired.

Dans la première partie de l’inégal documentaire que Barbet Schroeder consacre à Vergès, et assez étrangement intitulé, L’Avocat de la terreur (2007), sont également évoqués deux autres avocats importants du FLN : les regrettés Mourad Oussedik, mort en 2005 et Amokrane Ould Aoudia, assassiné à Paris en 1959, sur ordre des autorités françaises et qui mériteraient tous deux que documentaires et biopic retracent leurs parcours engagés.

La cause de l’Algérie libre a elle aussi ses avocates et ses avocats qui défendent sans relâche nos prisonniers politiques. Maitres Zoubida Assoul, Abdelghani Badi, Mostefa Bouchachi. Salah Debouz, Amine Sidhoum, Hafid Tamert et on me pardonnera de ne citer que ces noms, dénoncent de toutes leurs forces des lois scélérates et arbitraires, ainsi qu’une justice à deux vitesses. Ils se battent quotidiennement pour que nos tribunaux ne soient plus les instruments de répression d’un pouvoir inique et illégitime. 3adala lildjami3. (Norman Jewison, 1979)


La chronique sonore :


https://soundcloud.com/radio-corona-internationale/8-chro-ok-8-sept-belkaid



Liste des films cités :

In the Name of the Father (1993), de Jim Sheridan

Philadelphia (1993)de Jonathan Demme

L’Insulte (2018) de Zied Doueiri

L’Avocat de la terreur (2007) Barbet Schroeder

Pour Djamila (2011, téléfilm) de Caroline Huppert

And Justice for all (1979) de Norman Jewison a offert la chute de la chronique.

Réalisation : Yassine Bouzar

Affiche : Mounir Harbi

[1] Gisèle Halimi, Avocate irrespecteuse, Pocket, Plon, 2002.


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