Nos voix ne sont pas à vendre

Le 12 décembre 2019


La règle est simple et pour le moins universelle. Ceux qui détiennent un pouvoir veulent rarement y renoncer. Même lorsque tous les signes concourent à leur prouver que le temps est venu de quitter la table, ils s’accrochent et s’entêtent n’ont peur de rien et encore moins du ridicule. Les prochaines élections du 12 décembre, organisées par un régime dont la grande majorité des Algériens ne veut plus, sont le signe ultime de cet entêtement à ne rien céder.


Les Algériens connaissent bien la chanson. Le régime organise un vote pour sauver les apparences et pour formellement se donner une légitimité. Le refrain est simple : votez et ensuite, promis-juré, tout ira pour le mieux. On s’improvise philosophe de pacotille en affirmant que pour tout change, rien ne doit changer. C’est justement pour cela que les cinq candidats sont tous des suppôts du régime, pauvres idiots que nous sommes et qui ne comprenons rien. On opte pour une mélodie quelque peu effrayante pour contrecarrer toute velléité d’opposition. On emprisonne à tour de bras au nom de la sûreté nationale et de la dignité de l’armée. On intimide et on croit insulter un mouvement historique quand en réalité on ne fait que montrer au grand jour sa médiocrité.

Le régime aura donc tout osé. Jusqu’aux larmes. Sans crainte du ridicule. Faisant fi de la majorité des Algériens qui répètent chaque vendredi et chaque mardi qu’ils ne veulent pas de cette mascarade électorale. Et qu’on ne vienne pas nous dire que nous nous ne savons pas ce que nous voulons. La revendication est radicale et de ce fait lumineuse. On n’a eu de cesse de la répéter dans nos slogans, nos chants, nos graffitis et nos poèmes. Yatnahaw Ga3. Tabula rasa. La chute du régime. Thawra. Tagrawla.


Et contrairement à ce que l’on croit souvent, une révolution ne se fait pas en un jour. Elle est une lame de fond qui emporte sur son passage tous les monstres aux pieds d’argile. Elle change à jamais nos vies. Elle nous rappelle qu’on est maîtres de son destin. Qu’une vie dans le silence, la peur et la résignation ne vaut pas d’être vécue. Elle nous révèle un courage dont on ne se pensait pas capables. Il suffit de regarder ce qu’ont accompli les Algériens ces dix derniers moins avec patience et persévérance. Loin des lumières des médias internationaux. La beauté et la maturité de notre jeunesse et de nos étudiants. La dignité retrouvée après des années d’anomie politique.


C’est au nom de cette dignité que nous ne voterons pas le 12 décembre. Car nous savons ce que voter veut dire. C’est parce que nous savons ce que signifieraient des premières élections libres et transparentes, que nous refusons celles que le régime s’entête à nous imposer. Mettre un bulletin dans une urne, c’est enfin exister en tant que citoyen, en sentant que sa voix compte et qu’elle peut infléchir l’avenir. C’est prendre le temps dans l’isoloir de penser à nos aînés, à ceux qui ont cru que l’indépendance allait apporter une liberté qui malheureusement a trop longtemps été confisquée. C’est se sentir faire partie d’une même communauté. Et cette communauté est pour le moment dans la rue et dans tous les espaces qui autorisent une parole libre et révolutionnaire. Même si elle a des projets et des ambitions hétérogènes, c’est à cette communauté révolutionnaire que nous nous identifions. Plus que jamais, le vendredi le 13 décembre, nous dirons à voix haute, partout où cela sera possible, notre refus du régime algérien actuel.


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