Notre humanité


Une véritable commotion. Depuis quelques jours les mots manquent pour dire le choc. Ou peut-être est-ce le moment où il faut admettre l’ampleur de la catastrophe.


Le bilan des incendies qui ont touché l’Algérie en ce mois d’août est terrible : 65 morts dont 37 civils et 28 militaires. On évoque 62 mille hectares de superficies incendiées et mille foyers qui se sont déclenchés sur 35 Wilayas.


Un homme de 35 ans Djamel Bensmaïl venu aider les victimes d’incendies a été tué sur la place publique par une foule hors de contrôle qui, assoiffée de vengeance, s’est substituée à la justice avec une violence inouïe, sans que les autorités ne parviennent à protéger un citoyen.


La justice, elle, prétend reprendre les choses en main et nous offre un spectacle. Osant diffuser des images insoutenables sans aucun égard pour la famille de la victime. Comme si nous étions des imbéciles dépourvus de jugement critique et qu’une mise en scène indécente allait nous aider à surmonter le désarroi dans lequel nous a plongé la mort de Djamel Bensmaïl.


Tout cela sur fond de pandémie et de répression accrue contre activistes et militants politiques.


Selon le ministère de la santé le pays aurait atteint 189 384 de cas atteint du Covid 19 et on compterait 4863 décès dus à la maladie mais de nombreuses voix parmi les professionnels de la santé qui sont sur le terrain indiquent que ces chiffres minimisent la réalité.


Le site Algerian Detainees compte 187 détenus d’opinion au 18 août 2021.


Il y a de quoi perdre espoir. Il y a de quoi craindre le pire surtout lorsqu’on constate que le régime algérien, lui, n’a pas l’intention de changer d’un iota sa ligne d’action. La responsabilité n’est jamais la sienne. Pas un mot pour admettre ne serait-ce que des manquements. Au lieu de cela, trouvons les ennemis intérieurs et extérieurs. La faute n’est jamais sienne. Elle est celle des autres. Il donne le la à tous ceux qui cherchent constamment à accabler adversaires fantasmés ou ennemis obsessionnels sans jamais prendre le temps de la remise en question. Ceux qui aiment les généralisations en se prenant pour l’exception.


Mais si je suis en état de choc c’est que ce pays est mien. Que je crois, même dans l’exil, faire partie de son peuple. Et je ne choisis pas ceux et celles à qui je pense ressembler. Je suis ébranlée parce que je fais partie de ce pays et, que je le veuille ou non, de cette foule qui a commis l’irréparable contre Djamel Bensmaïl. Je n’ai pas la certitude immédiate et réconfortante d’être mieux que ces gens, d’être au-dessus d’eux, de ne leur ressembler en rien et c’est cela qui me fait trembler. C’est ce qui me fait trembler à chaque manifestation de haine ou de violence. Qu’elle ait lieu en Algérie ou ailleurs.


Je ne me rassure pas en me disant que ces gens ne me ressemblent et ne me représentent pas. En les ostracisant. Ce sont des barbares, des sauvages, et voilà c’est réglé. Bien au contraire. Rien n’est réglé. Je veux aller au plus près d’eux. Tenter de comprendre pourquoi ils ont été capables du pire. Réfléchir à ce qui peut et doit être changé. A ce qui peut et doit être fait. Même de loin puisque je vis à l’étranger. Sinon à quoi me sert-il de me penser, de me dire et de me vivre algérienne ? Sinon à quoi me sert-il de me penser et de me dire du monde ?


Je refuse l’anathème, je refuse les explications simplistes, racistes ou complotistes. Je refuse les jugements à l’emporte-pièce. Je refuse les prétentions des privilèges.


Je veux croire qu’il y a des actions simples à entreprendre, à multiplier pour faire société, pour vivre en harmonie, pour plus d’équité et de justice. Je veux y réfléchir avec celles et ceux qui croient aussi en une société meilleure. Je veux confronter mes idées à celles des autres. Puissent ces évènements nous rendre plus lucides et plus efficaces même si je ne me fais aucune illusion, tant que nous sommes dirigés par le gouvernement actuel et tant que le régime se maintient en place. Mais c’est tout ce que nous avons nos mots et nos actions. Et surtout notre humanité.


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