Pensons aux malades

« Dans l’expérience de la maladie, le sujet est tout entier blessé »

Claire Marin, La maladie catastrophe intime

Les pouvoirs en place sont clairement dépassés. Ils ont sous-estimé le danger. Plutôt que de prendre les mesures pour sensibiliser les populations au désastre à venir, ils ont longtemps été obsédés par l’économie, le maintien des apparences ou la tenue d’élections municipales qui sont désormais le cadet de nos soucis.

Devant un monde incrédule, oscillant entre la panique et la dénégation, les médias et les autorités décomptent les morts, en Chine, en Iran, en Italie …pour qu’on se rende compte, pour qu’on comprenne l’urgence de la situation.

Et notre esprit résiste encore. Il compare, s’interroge : est-ce davantage que la grippe et les accidents de la route ? Est-ce si terrible que cela ?

Comme s’il fallait des symptômes spectaculaires pour mériter l’attention, comme s’il fallait mourir du Covid-19 pour que nos concitoyens admettent la gravité du virus. Comme s’il fallait une hécatombe pour mesurer la catastrophe que nous vivons.

Ce décompte des morts fait oublier un autre chiffre. Celui des malades. Celui qu’on minimise un peu dans sa tête. Des dirigeants ont même flirté avec l’idée de laisser le nombre de malades augmenter pour sauver l’économie.

Quelques malades ici et là, hein. Pourquoi pas ? Si l’activité économique du pays se poursuit.

Après le psychopathe en chef Boris Johnson qui s'est vite rétracté, c’est désormais Donald Trump, en panique totale, qui annonce que le remède (le confinement) ne doit pas être pire que le mal. Sous-entendant que l’économie doit reprendre au plus vite, quitte à ce que le nombre de malades augmente.

N’a-t-on donc d’empathie que pour les morts ?

Et les malades? Leurs souffrances ? Leurs peurs ? Leur sentiment d’égarement ? L’inquiétude de leurs proches? Leur impuissance? Etre malade aujourd’hui c’est craindre d’arriver dans un hôpital sous équipé avec un personnel à bout. Etre atteint du coronavirus aujourd’hui, c’est s’auto-diagnostiquer car il n’y a nulle part suffisamment de tests. C’est confirmer le diagnostic par téléphone auprès d’un médecin qui se met en danger s’il accepte de vous recevoir. C’est créer un groupe fermé sur Facebook entre malades pour se soutenir et comparer ses symptômes.

Et qu’on ne vienne pas me dire que certains symptômes sont bénins et qu’il n’y a pas de raison de dramatiser. Toute maladie dangereuse est une catastrophe intérieure pour le patient et pour ses proches. De cela aussi, il faudra se relever.


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