Présidentielles américaines vues du Maine (1) Call 911

Il y a quelques jours, de retour de ma marche quotidienne autour de la baie de Portland, je suis passée, comme je le fais souvent, par le campus de l’Université du Maine. Ce n’est pas l’université pour laquelle je travaille, mais j’aime l’ambiance des campus au coucher du soleil. Cette énergie douce qui se dégage des lieux d’étude, m’apaise.

Je suis plongée dans l’écoute de Metropolis, un podcast de France musique que j’aime beaucoup mais je suis interrompue par un homme qui, à quelques mètres de moi, tape des mains pour attirer mon attention tout en faisant de grands gestes. Je ne comprends pas sa panique, il a probablement vu quelque chose qui m’échappe.

J’enlève mes écouteurs, je regarde autour de moi, un peu sur mes gardes, vieux réflexe de celle qui sait que la rue n’est pas un endroit où une femme est supposée flâner. Elle doit marcher d’un pas décidé comme si elle avait une destination, ou encore un objectif, comme faire un footing ou promener son chien. Se promener seule est toujours un peu incongrue aux yeux de certains et peut être interprété comme un signe de vulnérabilité.




Je regarde donc autour de moi, entends et comprends enfin les mots que me dit cet homme en agitant les bras: « call 911, he hurt himself badly » (Appelle les urgences, il s’est fait très mal). Je ne vois toujours pas de qui il parle et derrière un arbre j’aperçois enfin un jeune homme, j’apprendrai par la suite qu’il a 24 ans, qui vient de tomber de son vélo et qui saigne abondamment de la tête. Il est conscient, mais la blessure me semble assez profonde et surtout il est pâle comme un linge et bien sonné.

J’appelle 911, pendant que l’homme qui gesticulait s’excuse de ne pas avoir son téléphone sur lui. Je le rassure d’un sourire. Je devine en réalité, si j’en crois son allure générale et le gros sac à dos qu’il porte sur les épaules qu’il n’en a pas, qu’il fait partie des dizaines de sans abris que la ville de Portland ne parvient plus à loger depuis le début de la pandémie et la fermeture de centres d’hébergement qu’aucune institution publique n’est venu relayer. J’en reparlerai probablement, lors d’un prochain billet.

911, après quelques questions me promet une ambulance dans les dix prochaines minutes. J’en informe le jeune homme qui est assis contre l’arbre, toujours conscient mais qui saigne de plus en plus. Il me regarde désespéré et me dit : « an ambulance ? It’s gonna be very expansive » (une ambulance va couter très cher).

Et là, à cet instant, je ne sais quoi lui répondre. Il a raison, la note peut très vite s’élever à des milliers de dollars que son assurance - s’il en a une - ne couvrira pas ou très peu. Je finis par lui dire qu’il doit aller à l’hôpital pour des points de suture et surtout se faire examiner. Il acquiesce, résigné.

Je reste à ses côtés, le temps que l’ambulance arrive. Je ne connaitrai pas la suite de son histoire mais je l’imagine que trop bien. Ce jeune homme va travailler d’arrache pied pour rembourser les prêts qui payent ses études et probablement cette note d’hôpital qui va lui tomber dessus comme une massue.

Pendant ce temps, son président qui n’a eu de cesse de vouloir démanteler l’Obama Care et n’a eu que faire de réformer le système de l’enseignement supérieur pour réduire la dette des étudiants, est transféré de toute urgence dans un hôpital militaire et va bénéficier d’une batterie de soins qui couterait une fortune à l’Américain lambda.

Et le plus triste et le plus paradoxal dans l’histoire, c’est qu’il se trouve des Américains dans une situation encore plus précaire que ce jeune homme qui voteront probablement pour lui lors de la prochaine élection.

To be continued.

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